En direct de… La SFVS – La création de la Société française pour la valeur en santé : un engagement pour l’excellence dans les soins de santé

virginie luce-garnier

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Membre fondateur de la Société française de la valeur en santé (SFVS) – Value Based Healthcare (VBHC) – 1, rue Cabanis – 75014 Paris – France | Assistance Publique-Hôpitaux de Paris – Paris – France
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nathalie bass

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Membre fondateur de la SFVS – VBHC – Paris – France | Institut mutualiste Montsouris – Paris – France
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dominique breilh

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Membre fondateur de la SFVS – VBHC – Paris – France | CHU de Bordeaux – Université de Bordeaux – Bordeaux – France
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elisabetta scanferla

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Membre fondateur de la SFVS – VBHC – Paris – France | GHU Paris psychiatrie et neurosciences – Paris – France
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olivier untereiner

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Membre fondateur de la SFVS – VBHC – Paris – France | Institut mutualiste Montsouris – Paris – France
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fitsum guebre-egziabher

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Membre fondateur de la SFVS – VBHC – Paris – France | Laboratoire U1060 CarMeN – Université Claude Bernard Lyon 1 – HCL – Lyon – France
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philippe michel

philippe michel

Membre fondateur de la SFVS – VBHC – Paris – France | Laboratoire U1290 RESHAPE – Université Claude-Bernard-Lyon-1 – HCL – Lyon – France
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Les difficultés actuelles du système de santé, y compris la crise des ressources humaines, sont en partie liées à une perte de sens, à l’augmentation constante des dépenses de santé, ainsi que l’évolution sociétale en faveur de la démocratie en santé. Elles plaident pour une réflexion sur le financement à la qualité et une redéfinition de la valeur du soin. Nombre de pays occidentaux abordent maintenant la notion de qualité en santé sous un angle innovant, dans la ligne de la théorie Value Based Healthcare (VBHC) proposée par Porter et Teisberg en 2006 (Encadré). Confrontés aux limites du financement par la tarification à l’activité et du suivi d’indicateurs qualité, trop souvent centrés sur les process et non sur les résultats des soins, et en quête de plus de sens au quotidien, un nombre croissant d’acteurs de la santé en France s’intéressent maintenant au sujet. La Société française pour la valeur en santé – Value Based Healthcare (SFVS) a pour objectif d’organiser la réflexion autour du concept de VBHC et de favoriser son développement en France.


Encadré – Le Value Based Healthcare selon Teisberg et Porter

Le Value Based Healthcare est l’usage équitable, durable et transparent des ressources disponibles pour atteindre de meilleurs résultats et expériences de santé pour chaque personne*.

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Cette démarche consiste à mesurer de façon standardisée le résultat des soins produits pour les patients au moyen d’indicateurs cliniques, les Clinical Reported Outcome Measurments (CROMs), et d’indicateurs recueillis auprès des patients, les Patient reported Outcome Measurments (PROMs), dont font partie les questionnaires de qualité de vie notamment.

Sur la base de ces indicateurs, sont mises en œuvre des démarches d’amélioration continue des processus de soin et de médecine personnalisée. Les bases de données d’indicateurs standardisés et reconnus à l’international ainsi constituées peuvent également servir à produire de la recherche clinique. La théorie initiale** comporte un versant économique rarement mis en œuvre, mais les expériences menées en Europe notamment montrent que le dispositif VBHC contribue à diminuer les coûts de santé pour la société.

* Hurst L, Mahtani K, Pluddemann A, et al. Defining value-based healthcare in the NHS. Oxford: Centre for Evidence-Based Medicine; 2019. 14 p.
** Porter ME, Teisberg EO. Redefining healthcare: creating value based competition on results. Boston, MA: Harvard Business School Press; 2006. 528 p.

CROMs : Clinical Reported Outcome Measurments ;
PROMs : Patient reported Outcome Measurments.


Pourquoi la Société française pour la valeur en santé ?

Promouvoir la priorité aux résultats pour les patients

Le concept VBHC adopté par la SFVS repose sur la mesure concrète, par les professionnels de santé et les patients, du résultat des prises en charge médicales et promet de placer la valeur pour les patients au cœur des priorités. Il propose une réponse innovante aux défis croissants auxquels est confronté le système de santé français en le recentrant sur sa vocation première : améliorer l’état de santé de la population. L’approche VBHC se traduit par un changement de paradigme, passant d’un modèle centré sur les actes médicaux et les services fournis à un modèle axé sur les résultats pour les patients. La naissance de la SFVS veut marquer une étape significative dans l’évolution du système de santé français. L’objectif principal de la Société est de favoriser l’acculturation au concept et le changement de paradigme dans la méthode pour que la qualité des résultats des prises en charge au service des patients devienne l’un des critères essentiels de l’évaluation des performances du système de santé et à terme son financement. Pour ce faire, elle s’engage à rassembler les différentes parties prenantes du secteur (professionnels de la santé, décideurs politiques, représentants des patients, chercheurs…) dans un effort collaboratif pour adopter des standards élevés et promouvoir de meilleures pratiques. Elle se veut une plateforme de ressources visant à diffuser la connaissance au sujet du VBHC (articles, formations, séminaires…) ainsi que les bonnes pratiques pour sa mise en place (à travers des recommandations). Elle organisera des échanges et le retour d’expérience entre les différents acteurs souhaitant s’engager dans la démarche. Son engagement en faveur d’une approche en équipe pluri­disciplinaire centrée sur les résultats les plus importants pour les patients et l’amélioration continue promet de transformer positivement le système de santé à travers une approche « parcours de soins intégrés » et en cultivant la motivation interne des professionnels. En plaçant le patient au cœur de toutes les décisions, la SFVS ouvre la voie à une ère où la qualité et l’efficacité des soins de santé sont des priorités incontestées.

Retour sur la première journée SFVS de la valeur en santé

Value Based Healthcare : tout le monde en parle, de quoi s’agit-il ?

Le 25 novembre 2024 a eu lieu la première journée de la valeur en santé sur le thème : « Tout le monde en parle, de quoi s’agit-il ? ». Le succès de l’événement montre l’intérêt grandissant du monde de la santé français pour le concept VBHC. Plus de cent personnes, certaines novices, d’autres déjà expertes de ce sujet, se sont réunies au groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris psychiatrie et neurosciences qui hébergeait l’événement pour échanger les points de vue et découvrir les premières expériences françaises. Les regards croisés des différents orateurs ont été particulièrement riches, montrant les intérêts multiples que revêt la démarche VBHC pour les acteurs du système de soins, patients compris. En effet, cette approche porte en elle de nombreux intérêts, d’une prise en charge personnalisée centrée sur les besoins de chaque patient à la recherche clinique, en passant par la mise en place de démarches d’amélioration continue des pratiques au service des patients, ou par la dynamique d’achats centrés sur la valeur qui permettent de sortir d’une logique court-termiste de coût. Au cours de la matinée, ont été exposés les points de vue des patients, des cliniciens, des chercheurs, des industriels, des directions d’hôpital, grâce aux points de vue des experts présents : Emmanuelle Rémond, présidente de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), Guillaume Couillard, directeur général du GHU Paris psychiatrie et neurosciences, Pr Fitsum Guebre-Egziabher, cheffe du pôle médecine et présidente de la sous-commission qualité, sécurité, pertinence des soins, formation continue et évaluation de la commission médicale d’établissement des Hospices civils de Lyon, Pr Grégory Katz, chaire Value in Health, faculté de médecine, Université Paris Cité, président de PromTime, Pr Dominique Breilh, collège des sciences de la santé de l’université de Bordeaux, et Laurence Girard, Roche Diagnostics France. Les échanges très riches avec la salle ont montré l’immense potentiel du déploiement d’une telle démarche pour les patients, les professionnels de santé salariés ou libéraux exerçant en établissement de santé ou en ville, les tutelles, les industriels et, en réalité, chaque citoyen car le concept de valeur en santé intègre aussi la prévention. Les acteurs de la santé ont également mis en lumière les freins à lever pour le déploiement à grande échelle : des enjeux de système d’information pour le recueil et l’analyse des données, des enjeux d’alignement entre les différentes parties prenantes, des enjeux d’acculturation des professionnels et des citoyens à l’évaluation et à la comparaison des résultats avec une transparence interne et externe, et enfin des enjeux d’investissement dans la durée, dans une période où notre système de soin se trouve de plus en plus contraint par la nécessité à court terme de diminuer les dépenses. Il faut retenir de cette matinée la nécessaire pluri­professionnalité à mettre en œuvre pour le succès d’une démarche VBHC et, au-delà, la collaboration étroite de multiples acteurs du système de soin.

Retours d’expérience

L’après-midi a porté sur des retours d’expérience issus de milieux divers et de périmètres variés. La démarche Value Based Healthcare peut s’appliquer à tout type de pathologie organique ou portant sur la sphère de la santé mentale : aiguë comme la chirurgie du genou présentée par le Dr Bertrand Semay (Clinique mutualiste de Saint-Étienne) ou chronique, par exemple dans le cadre de l’endométriose, comme décrit par Alba Nicolás-Boluda (One Clinic France). Les expériences partagées ont lieu dans des établissements de santé, par exemple au GHU Paris psychiatrie et neurosciences pour l’anxiété et la dépression, projet piloté par Elisabetta Scanferla, ou en ville comme exposé par Maria-Belen Lopez dans le cadre de la prise en charge de l’apnée du sommeil. Les motivations des équipes impliquées étaient également très différentes, d’une ambition de validation d’une organisation à la recherche clinique comme à l’Institut de cancérologie de l’Ouest (ICO) dans le cadre du cancer du sein comme l’a montré la Pr Martine Bellanger. Les orateurs ont présenté avec sincérité leurs réussites mais aussi les erreurs commises, les moyens utilisés pour les surmonter et les difficultés rencontrées, permettant de brosser un état des lieux fidèle des freins et leviers existant pour une telle démarche, et d’ouvrir la perspective sur les moyens à mettre en œuvre pour faciliter le recueil et l’utilisation des indicateurs de résultat patients en fonction du périmètre exploré.

Coopération des tutelles, appropriation locale

Ces pistes ont été explorées plus en détail lors des échanges avec les représentantes des tutelles, Dr Catherine Grenier pour la Caisse nationale d’assurance maladie, Dr Laetitia May-Michelangeli pour la Haute autorité de Santé, et Édith Riou pour la Direction générale de l’offre de soins. Ces échanges à trois ont renforcé le constat d’un besoin de coordination au niveau national, et d’une nécessaire appropriation de l’utilisation des indicateurs de résultat au niveau local par les équipes de professionnels de santé. Il a également été souligné l’importance de dispositifs d’accompagnement pour les équipes pionnières, dans une perspective d’optimiser les chances de réussite et les possibilités d’évaluation du bénéfice de ces démarches. En effet, la notion de « changement de culture nécessaire » a été évoquée, montrant la difficulté et la durée requises pour stabiliser les dispositifs. Les barrières liées aux systèmes d’information ont également été mises en avant, avec notamment le besoin d’interopérabilité avec les systèmes informatiques des établissements, la difficulté d’assurer d’un côté une restitution au fil de l’eau des résultats observés aux patients et aux équipes concernées, et de l’autre une analyse permettant une aide aux décisions stratégiques de santé. Le concept VBH prenant également de l’ampleur dans le monde, notamment chez certains de nos voisins européens, les participants de cette première journée ont pu découvrir les travaux de la Swiss Society for Value Based Healthcare avec Florian Rossiaud-Fischer et de la European Association of Value-Based Health Care (EAVBHC) avec Joao Marques-Gomes et Alba Nicolás-Boluda. Tout au long de la journée, se sont exprimés les membres de l’auditoire, des opérateurs de santé publics et privés, de l’industrie du médicament et du dispositif médical, et des opérateurs de système d’information. Les discussions ont mis en évidence à la fois la volonté d’agir de toutes les parties prenantes du VBHC, les freins constatés dont certains communs à tous les systèmes de santé, d’autres spécifiques au nôtre, la nécessité de développer des offres de formation initiale et continue pour sensibiliser les professionnels à cette démarche et le besoin d’impulsion, de coordination et de structuration de la démarche au niveau national, par les sociétés savantes professionnelles et par les pouvoirs publics.

Perspectives

Cette journée a donc permis de mettre en évidence l’intérêt du déploiement de dispositifs VBH pour les patients et les professionnels de santé ainsi qu’au niveau de l’organisation générale du système de soins. Si la démarche semble très prometteuse, elle se heurte pour l’instant à des barrières liées à la poursuite de l’intégration des parcours ville-hôpital, ainsi qu’aux prérequis en termes de systèmes d’information, de recueil de données structurées, de gestion, d’analyse et d’exploitation de ces données, et d’interopérabilité des différents systèmes. Il faut également noter l’existence de plusieurs leviers, qui sont soit liés à l’évolution sociétale comme l’éco-conception des soins, un élément important de la pertinence des soins, le développement de la démocratie en santé et l’écoute des besoins des patients ou la co-construction des parcours, soit liés à l’innovation technologique comme l’intelligence artificielle et les entrepôts de données en santé. Des représentants de l’ensemble des parties prenantes se sont montrés prêts à travailler de concert au sein de la SFVS suivant quatre axes clés : le déploiement et le développement d’une offre de formation adaptée au modèle de système de santé français ; le renforcement des retours d’expériences et la comparaison des résultats afin de faire émerger une communauté apprenante ; la diffusion des bonnes pratiques ; et la recherche sur le VBHC portant sur les transformations des organisations.